Faudra-t’il partir dans l’espace pour survivre ?

Le mardi 6 février 2018 aura été le témoin du lancement le plus médiatisé – et le plus fun – d’une fusée dans l’espace : celle de Falcon Heavy, la fusée la plus puissante du monde depuis Energia, développée par l’Union soviétique il y a 29 ans, et imaginée par le visionnaire et fantasque milliardaire Elon Musk.

Le créateur de SpaceX, de Tesla, d’Hyperloop, de Solar City, de The Boring Company, des gigafactories et de Neuralink (entre autres) a quasiment réussi son pari : mettre au point une fusée « réutilisable », c’est à dire revenant sur Terre une fois le voyage effectué.

Ce premier essai a vu deux des trois lanceurs revenir gentiment se poser sur la cible de leur plateforme d’atterrissage, tandis que le troisième a malheureusement raté de 480 mètres la plateforme marine qui l’attendait, et disparu en mer. Revivez cet excitant moment :

 

Elon Musk en a profité pour envoyer sa propre Tesla Roadster sur Mars puis vers l’infini et au-delà (!), avec au volant un conducteur robot nommé Spaceman, le tout sur « Life on Mars » de David Bowie.

Un sacré coup de pub, et d’un seul coup, sa voiture devient la plus rapide au monde, et entre directement au Guinness Book des records. Elon Musk, ou voler haut, et ne jamais se prendre au sérieux.

Ceci n’est pas un photomontage. Mais bien une vue de Spaceman et de sa Tesla qui tournent en orbite autour de la Terre avant de rejoindre Mars, sur le son de Space Oddity de David Bowie… « Don’t Panic ! »

Celui que certains voient comme un génie, d’autres un imposteur, n’a jamais caché ses ambitions de conquête martienne, et ce premier essai en pose les premiers jalons. Pour Elon Musk, rejoindre Mars sera possible en 2025, c’est à dire dans sept petites années. C’est fou, mais en fait, c’est tout à fait possible. 

D’abord parce que les ingénieurs de SpaceX ont démontré hier la faisabilité d’une fusée à coût réduit, et de puissance et de taille imposantes, capable d’emmener plusieurs (voire de nombreux) équipages et matériaux pour conquérir Mars – et la rendre habitable. Ce ne sont pas les premiers essais, mais le voir en direct permet au commun des mortels de se projeter dans un avenir avec d’autres options de lieux de vie que la Terre.

Ensuite parce que d’autres sociétés travaillent sur des moteurs plus puissants, comme le moteur à plasma VASIMR imaginé par la société Ad Astra Rocket Company. Un système de propulsion inspiré de la nature, qui pousserait nos vaisseaux interstellaires dix fois plus vite que les moteurs actuels. Il devrait être utilisable d’ici trois ans. Avec une fusée à moteur à plasma, il ne faudrait que 39 jours pour rejoindre Mars…

 

SpaceX a présenté en septembre dernier une première ébauche du BFR, pour Big Falcon Rocket, vite renommé « Big Fucking Rocket » (littéralement, « putain de grosse fusée ») par Elon Musk. C’est le plan ultime, une vraie navette, trois fois plus puissante que la Falcon Heavy, et capable d’aller sur la Lune et sur Mars avec des passagers.

Selon SpaceX, le tout premier vol est prévu vers 2020, la première expédition humaine vers 2025. En parallèle, la NASA travaille avec Boeing sur le Space Launch System (SLS) pour rejoindre et s’installer sur Mars en 2030. Après-demain, quoi.

Mais bon, ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air (c’est un euphémisme). Car comment identifier une planète habitable, comment la rejoindre sans mourir avant, et comment s’y installer durablement ? Comment l’humanité peut-elle devenir la première espèce multi-planétaire ?

Mars ou Proxima B ? On se tâte…

Mars n’est pas très loin si on en croit les derniers chiffres avancés par les innovateurs du voyage spatial, et elle est à peu près de la taille de la Terre. Mais il y fait très froid, il n’y a pas de d’eau en surface, et son atmosphère est si ténue qu’on ne peut pas y respirer. Enfin, on ne dispose que très peu de protection contre les radiations solaires. Il faut donc remédier à ces problèmes si on veut y vivre.

Il existe une autre possibilité, une idée lancée par Stephen Hawking de remettre en avant le projet fou qu’il avait lancé en 2016 avec l’entrepreneur russe Youri Milner. Breakthrough Star Shot consiste à lancer le premier voyage interstellaire vers les étoiles les plus proches du Soleil, dans le système Alpha du Centaure. Plus précisément, vers une planète nommée Proxima B, une belle boule de roches et de métal découverte à côté de la « naine rouge » Proxima du Centaure. Proxima du Centaure est l’étoile la plus proche de nous après le soleil. Et Proxima B est formée de roches comme la Terre et comporte certainement une atmosphère et une température proche de notre planète.

Le seul souci, c’est que seul un anneau autour de son centre semble habitable. D’un côté, une nuit glaciale, et de l’autre, un désert ardent. Mais c’est déjà mieux que rien, si Mars refuse de nous accueillir à bras ouverts (oui, la planète rouge a des bras).

Un schéma de Proxima B, planète tellurique proche de l’étoile « soleil » Proxima du Centaure, proche de nous dans l’espace – Crédits : « En quête d’une nouvelle Terre » (2017)

Un long voyage, sans escale ni assistance

Il faudra sans doute des années, peut-être au mieux des mois, pour arriver sur notre nouvelle planète. Pour survivre au voyage dans l’espace, en plus du carburant, il faut pouvoir produire au maximum l’eau, l’air et la nourriture dont on a besoin, c’est à dire être totalement autonome.

Les derniers voyages de la station spatiale internationale (ISS) en 2017 montrent qu’il est possible de fabriquer son oxygène en « craquant » l’eau grâce aux panneaux solaires de l’appareil. Des filtres nettoient l’air de son dioxyde de carbone.

On recycle aussi l’urine et la sueur en eau potable, permettant à chaque fois de réutiliser 80% de ce qui a été rejeté. Cela diminue donc par cinq la quantité d’eau potable à emmener au départ.

On peut stocker d’immenses quantités de nourriture sous forme lyophilisée, qui ne prend pas de place. Mais on arrive déjà à faire pousser de la nourriture dans l’espace, des salades notamment. Et les expérimentations de fermes urbaines totalement isolées de l’extérieur qui fonctionnent déjà sur Terre dans de nombreux pays sont facilement transposables pour une installation dans un vaisseau spatial.

Des salades produites dans la station spatiale internationale – Crédits : « En quête d’une nouvelle Terre » (2017)

Et pour que le corps résiste au manque de gravité, ils ont découvert qu’une demi-heure dans une centrifugeuse apporte le même bénéfice de maintien des muscles et de la densité osseuse que les deux à trois heures de sport quotidiens que les astronautes, cosmonautes et spationautes pratiquent tous les jours. Il suffirait alors de créer un vaisseau qui tourne 7 à 8 fois par minute sur lui-même pour maintenir dans l’espace la gravité à laquelle notre corps est habitué.

Les expériences faites par Thomas Pesquet ont aussi montré qu’il existe des méthodes pour baisser énormément la quantité de radiations reçues. Les six mois passés l’an dernier dans l’ISS l’ont d’ailleurs convaincu que dans 20 ans nous aurons réussi à aller sur Mars.

On explore également l’état d’hibernation des ours, et on a découvert que le sulfure d’hydrogène produit par des cellules en hibernation protège également des radiations. Les cellules humaines réagissent de la même manière… On ne sait pas encore comment activer leur réveil, mais encore une fois, la science-fiction s’avère être proche des solutions qui existent dans la réalité.

Et si on y arrive, comment y survivre ?

En fait, dans ce domaine aussi, on a déjà beaucoup avancé. Comme le voyage intersidéral vers une planète lointaine, la colonisation et la (sur)vie sur un autre bout de rocher est étudiée depuis des années, et on a de nombreuses pistes.

Pour que des êtres humains puissent survivre sur une autre planète, il faut donc des températures proches de la nôtre. Mais aussi trois éléments fondamentaux sans lesquels aucune vie n’est possible : de l’air, de l’eau, et de la nourriture (et de la musique et un peu de sexe aussi, mais bon là je parle pour moi).

Au début, on installera sans doute des modules de vie étanches, dans lesquels respirer notre air en vase clos, produire et recycler notre eau, et faire pousser notre nourriture.

Pour fabriquer de l’air, comme pour tout le reste, soyons aussi sages que les innocents : inutile de réinventer l’eau chaude. Enfin, en l’occurence, explorons celle dans lesquelles vivent et prospèrent toujours les bactéries qui, à l’origine de notre monde, ont fabriqué notre oxygène. Elles sont toujours vivantes et actives, cachées sous les glaces des pôles ou dans les déserts, comme celui de La Cordillière des Andes, au Chili. Ces bactéries nées dans la nuit des temps (au passage, hommage au grand René Barjavel) ont créé notre atmosphère, et l’air que nous respirons. Il « suffit » alors de les emmener avec nous pour renouveler la magie sur une autre boule de rochers morts.

Des couches de milliards de bactéries, véritables usines à oxygène pur, prêtes à partir dans l’espace – Crédits : « En quête d’une nouvelle Terre » (2017)

La nourriture ne pourra venir que de ce que l’on pourra produire sur place, faire pousser et élever. Il existe un nombre immense d’espèces végétales comestibles, dont certaines arrivent à pousser même dans des conditions extrêmes. Les graines prennent peu de place ; il est tout à fait possible, en emmenant un maximum d’espèces différentes (il existe par exemple plus de 150 000 sortes de riz, plus de 30 000 sortes de blé sur Terre), de réussir à en faire pousser une variété suffisante pour notre alimentation sur notre planète bis.

C’est possible… mais est-ce utile ?

Au-delà de la préservation de l’environnement, pour d’éminents scientifiques, l’avenir de l’humanité passerait par la colonisation d’autres planètes. C’est le cas du physicien de renommée mondiale Stephen Hawking, qui clame haut et fort que la planète va bientôt devenir trop petite pour nous. Il faut dire que la croissance du nombre d’humains sur Terre est exponentielle, et qu’avec la montée des eaux et le changement climatique, on risque d’être à l’étroit – sans compter le manque d’eau et de nourriture. Et pour lui, en 2600, la planète sera devenu incandescente, donc invivable, tant la consommation électrique sera intense.

Mais même si on retire le problème de l’impact humain sur le climat et la quantité d’énergie et de ressources naturelles, même si on change radicalement de mode de vie et qu’on retrouve une planète propre et saine, nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe naturelle de type éruptions volcaniques et tsunamis de grande ampleur. C’est déjà arrivé plusieurs fois, comme l’éruption du Mont Thera en 1610 av. J.-C., qui a détruit la civilisation minoenne. On peut aussi parler des différentes catastrophes entraînées par la chute de comètes et d’astéroïdes, ou des pandémies comme la peste au Moyen Âge, la grippe espagnole ou de nos jours, le Sida.

Nous pouvons être victimes de catastrophes qui seront complètement hors de notre responsabilité et de notre rayon d’action, qui nous pousseront à vouloir abandonner, même pendant un (long) moment, notre planète natale.

Il n’est donc pas si idiot d’étudier la question, et de travailler à développer nos moyens de se créer un lieu de vie où se réfugier en cas de (gros) problème…

Rien ne justifie de transformer notre belle Terre en poubelle

La Terre est notre Mère, notre berceau, notre maison, et notre histoire.

Nous, humains, sommes nés et avons évolués dessus, et toute notre vie, notre anatomie, nos besoins sont dessinés autour de ce qu’elle nous apporte. La Terre reste notre lieu de vie idéal. C’est quand même ce en quoi je crois, que l’on peut tous y vivre en la respectant, en réparant nos erreurs, en travaillant à construire un monde meilleur, en innovant pour concilier économie et écologie, argent et humanisme. 

Si nous partons coloniser d’autres planètes, nous devrons garder en mémoire les dégâts que nous avons pu commettre sur la nôtre, et construire cette fois un lieu de vie propre et respectueux de ce qui est.

Sinon nous risquons, avant d’avoir rendu notre nouvelle planète viable, d’être coincés pendant des générations dans des modules spatiaux et de finir avec des toutes petites jambes… 🙂

Wall-E film espace

Wall-E / Credits : Walt Disney Studios Motion Pictures

Source photos : « En quête d’une nouvelle Terre » (2017), Science Grand Format, réalisation Davina Bristow, production Brook Lapping Productions, France Télévisions, BBBC et Smithsonian Networks.

Fan de conquête spatiale ? Voici les (fausses) affiches de recrutement de la NASA pour les prochaines générations d’astronautes ! A télécharger sur leur site.

      Mars Explorers Wanted espace


 

 

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Sophie Girardot | DEMAIN LE NOUVEAU MONDE

Consultante en business durable et communication responsable, en stratégie éditoriale et content marketing. Blogueuse aussi. Passionnée par l'écriture, le journalisme, le design, la psychologie et la sociologie, le développement durable, le développement professionnel et personnel, et le monde de demain.

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2 réponses

  1. J’ai l’impression qu’on dépense plus pour explorer d’autres planètes que pour « sauver » (c’est le terme qui convient) la notre.

     
    • Coucou Thierry,

      D’abord super merci pour ton feedback !!!

      Et bien en fait non, il se trouve que les budgets dédiés à la recherche, à l’industrie, et au développement d’entreprises et de technologie « alternatives » est bien plus élevé au niveau mondial que celui de la recherche spatiale, qui a en fait baissé depuis les décennies précédentes. En effet, les technologies spatiales actuelles sont au point, les satellites sont déjà dans l’espace, et ceux qu’on envoie encore sont bien moins chers qu’il y a dix ans.

      En gros, le budget « écoloTerre » augmente, celui de la « conquête spatiale » diminue de manière globale.

      Il y a aussi le fait que les investissements dans le sauvetage de notre Terre, c’est parfois aussi marcher au lieu de prendre sa voiture, acheter des légumes produits localement, des vêtements de qualité et qui durent… et ça, c’est à chacun de nous d’y investir notre temps, notre énergie, notre motivation… 🙂

       

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