Comment, dans un monde où l’accélération s’impose en règle, des initiatives émergent pour redonner sens au temps et inventer de nouveaux modèles pérennes.

L’urgence de Ralentir
Réalisateur : Philippe Borrel, sur une idée originale de Noël Mamère
Production : ARTE France, Cinétévé

« Course suicidaire et inconsciente », selon Edgar Morin, l’accélération financière et technologique, déconnectée du rythme de l’homme, mène notre système à l’épuisement et vers des catastrophes tout à la fois écologiques, économiques et sociales. Mais alors que des algorithmes accentuent de manière exponentielle la spéculation financière hors de tout contrôle, aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre au diktat de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps. En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, Philippe Borrel (Un monde sans humains ?) est allé à la découverte de ces initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes.

Reprendre le contrôle

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire ; les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques ; à Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Réflexion

Au même niveau que la croissance éternelle, devenue un impératif absolu de l’économie, la vitesse en augmentation constante, la réduction continue des délais, l’urgence, est devenu le diktat qui régie nos vies. Un monde construit par les humains et qui maintenant les dépasse, et les écrase. La financiarisation de l’économie l’a vidée de son sens, et les humains n’arrivent plus à suivre un rythme effréné qu’ils n’ont pas choisi – et pourtant en sont à l’origine.

Le besoin d’une société plus humaine, plus saine, plus authentique, est ressentie par la majorité des êtres humains. En opposition à ces deux concepts devenus absurdes et invivables, se sont lentement créés deux mouvements qui se rejoignent : les « décroissants », pratiquant la simplicité volontaire, et les adeptes de la « slow life ». Des groupes de personnes originaires de différentes parties du monde, qui ont pris du recul et compris l’absurdité – objective – de ce mode de fonctionnement. Et son danger pour la planète, la faune, la flore, et l’humanité.

Cette envie de décroître et de ralentir, il fallait avoir du courage pour l’affirmer : depuis les années 50, on avait intériorisé l’impératif de produire et de consommer plus, toujours plus. Tout vient de l’envie, après la deuxième Guerre Mondiale, la faim, le manque, la destruction, de reconstruire, donc de produire, et d’avoir, pour ceux qui avaient tant perdu. de profiter de la vie, d’un nouveau confort. Quand on a peu, acheter signifiait grandir, et oublier ces années de manque et d’absence. Les couleurs des « fifties » venaient aussi de cette envie de vie, en réponse à la mort, et d’abondance, en réponse à l’absence. Dans les années 80 s’est ajouté l’hédonisme et l’individualisme, qui a permis à chacun de se détacher du bien-être de ses semblables.

Mais aujourd’hui, le cheval qui galopait librement dans la nature est devenu une bête de trait écrasée par le stress, les contraintes, les délais, les obligations de toute sorte – travailler dur, réussir mieux que son voisin, aller plus vite, plus haut, plus loin, et encore, et encore. Il n’a même plus le temps, parfois, de son rendre compte de son esclavage : il court partout, entre boulot et crèche, magasins et clubs, transports et rendez-vous, examens et dossiers à rendre… Et lorsqu’il prend enfin des vacances, qu’il fait ce qu’il a vraiment envie de faire, il se sent obligé d’en tirer avantage au maximum, en courant dans tous les sens, pour tout faire, voir, sentir, entendre. Sous peine d’être qualifié de fainéant… Le temps a pourtant été créé par l’homme ! Quand l’homme a-t’il décidé de s’asservir lui-même ? L’économie est censée être au service de l’homme, et non l’inverse. Cette économie, c’est nous qui l’avons créée, et nous devons reprendre les rênes. Pour reprendre la belle ballade de la vie.

 

Sophie Girardot | DEMAIN LE NOUVEAU MONDE

Consultante en business durable et communication responsable, en stratégie éditoriale et content marketing. Blogueuse aussi. Passionnée par l'écriture, le journalisme, le design, la psychologie et la sociologie, le développement durable, le développement professionnel et personnel, et le monde de demain.

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