Ecoanxiété, dépression, solastalgie : comment les combattre

Les personnes atteintes d’écoanxiété, de solastalgie se définissent comme “celles qui ont ouvert les yeux”. Elles ont réalisé une prise de conscience, brutale ou progressive, de l’état de la planète et des dangers qui menacent le monde moderne.

Mais très souvent, cela les impacte psychologiquement. 

Quand on a fait le chemin de la découverte des “maux de la terre”, des dangers qui la menace, beaucoup de personnes se retrouvent abattues, au fond du trou. Elles éprouvent de l’angoisse, souvent une grande tristesse, de la colère et/ou de la culpabilité, elles peuvent tomber dans l’apathie, le renoncement, le délire ou la dépression.

Bien que les symptômes soient les mêmes que ceux de l’anxiété clinique, l’écoanxiété n’est pas considérée par les professionnels de la santé mentale comme un trouble mental, car la cause de l’inquiétude est une réponse rationnelle aux rapports climatologiques actuels.

Dictionnaire Oxford, 2018
Ne pas se noyer dans le chagrin, et ne pas hésiter à se faire aider

Combattre l’écoanxiété et la solastalgie : les thérapies

Une nouvelle spécialisation en psychologie est née de ce besoin : l’écopsychologie. Cette discipline est apparue dans les années 90 en se basant sur le constat que des troubles psychologiques réels peuvent naître de l’angoisse procurée par l’action négative des humains sur la planète.

C’est aussi une forme de thérapie par la nature, par le “retour à la terre”, par la reconnexion avec notre nature animale, avec nos connaissances du vivant par exemple.

Comme l’écoanxiété prend différentes formes (crises d’angoisse, insomnies, dépression clinique ou retrait de la société), sa prise en charge peut et doit être multiple.

Mais elle est surtout abordée via l’ouverture d’espaces de parole pour ceux et celles dont l’angoisse est trop forte pour être gérée seul(e).

L’une des premières choses à faire est de pouvoir en parler. Des groupes et forums d’échanges se sont d’ailleurs créés sur les réseaux sociaux, comme par exemple Transition écologique et éco-anxiété : groupe de soutien. C’est ainsi, d’abord, se rendre compte qu’on n’est ni seul(e), ni stupide. Que notre peur est totalement légitime, peut-être même la plus légitime de toutes.

De plus, mettre des mots sur ses angoisses et ses chagrins permet de prendre un peu de recul, d’identifier ces malaises qui nous perturbent au quotidien. C’est, parfois, chercher une ou des personnes qui peuvent venir en soutien, avec qui on peut s’unir pour, déjà, se réconforter.

C’est accepter des thérapies comportementales et cognitives, peut-être aussi certains anxiolytiques, le temps de reprendre pied. D’intégrer la réalité, qui pour certains signifie avant tout de voir mourir une certaine vision de l’avenir, et même envisager de perdre sa famille, ses amis, ses enfants. Le choc peut être trop dur, et il faut parfois un retrait du travail, ou une cure de repos, pour encaisser la nouvelle.

Combattre la solastalgie : s’informer. Mais pas trop.

Quand on “sort de la matrice”, comme le disent certaines personnes en référence aux films Matrix, on n’a qu’une envie : lire tout, sur tout. Passer ses soirées et ces weekends devant des documentaires sur Netflix ou des vidéos sur Youtube.

Le risque est non seulement de manquer de sommeil (et donc de basculer naturellement vers la dépression), mais aussi de faire un burn-out, à cause d’une saturation d’information – et de mauvaises nouvelles.

Il est donc judicieux de d’abord choisir ses sources.

Mais aussi de limiter la quantité de médias qu’on utilise.

Ensuite, il est bon de lire les commentaires, de trouver des personnes à qui parler, quand on découvre des chiffres ou des situations.

Il faut aussi chercher des solutions à travers tout ce que vous découvrez. Le monde qui arrive aura besoin de personnes qui se connectent (et nous avons pour cela les réseaux) pour trouver ensemble des solutions. A côté de l’information, nous devons mettre en commun nos capacités de raisonnement, faire tourner à fond l’intelligence collective.

Combattre l’écoanxiété : l’action

Se battre contre la déchéance de notre planète

Grâce à tous les réseaux, les groupes qui se forment, les échanges de commentaires sous les articles ou les vidéos, d’autres choisissent plutôt de se retrouver pour réfléchir aux actions à mettre en place. Que ce soit pour freiner la chute, arrêter le massacre, limiter le désastre… ou pour se préparer à des lendemains différents (et difficiles).

L’engagement dans un projet de sauvegarde (des animaux, de la terre, du climat) peut permettre déjà de se mettre en action, de faire quelque chose. Et l’action est le pire ennemi de la dépression. Le fait de soigner la Terre, sa flore et/ou sa faune sert de thérapie. Les personnes qui s’engagent dans des associations, des actions de sauvegarde ou des groupes militants y trouvent bien des avantages.

D’abord la sensation de “faire le bien“. De faire, d’agir, et pour quelque chose qui a du sens. C’est du concret, on voit le résultat de nos actions.

Ensuite un moyen de vivre en meilleure santé, quand on choisit d’adopter un mode de vie “plus pur”, “plus authentique”, plus “proche de la Nature”.

Quitter la vie des villes pour la vie des champs, ou adopter un mode de consommation biologique, local et/ou décroissant permettent la définition (ou la redéfinition) d’une certaine identité personnelle. Qu’on trouve clairement dans l’adoption d’un style de vie qui devient presque une religion, en tout cas une philosophie de vie : je suis “écolo”, “collapsologue” ou “vegan”. Et je fais partie d’une communauté, d’un groupe qui a les mêmes valeurs, la même vision de la vie et les mêmes combats que moi.

De plus, aider les autres (les animaux, les hommes, ou la planète) est un excellent moyen de se soigner soi-même, notamment en déportant son attention de ses propres soucis, de cette tristesse, de cette écoanxiété qui nous dévore, parfois depuis un bon moment. Des craintes qui ne se règlent pas forcément, mais qui font déjà moins mal.

Ce qui nous permet d’être plus proactifs(ves). Mais aussi de nous rendre compte qu’il y a de bien pires situations que la nôtre : celle des migrants, celle des habitants de pays dévastés par les pluies ou les sécheresses, ou les animaux en voie d’extinction – par exemple.

Se préparer à la survie, voire à une sur-vie

Pour d’autres, le chemin du deuil jusqu’à l’acceptation est fait, parfois depuis des années. Certain(e)s disent même qu’entendre la réalité sur l’étendue du désastre en cours et à venir leur a fait du bien. Ces personnes sentaient que quelque chose ne fonctionnait pas, et quand enfin le secret de notre grande famille humaine mondiale s’est levé, elles ont trouvé une nouvelle force, une nouvelle voie.

Elles peuvent alors non seulement parler de ce qu’elles pensent depuis longtemps. Mais être aussi mieux comprises quand elles choisissent de changer de métier, de quitter la ville pour la campagne, de prendre une année sabbatique pour étudier la permaculture, de lire certains livres. Ou de rejoindre des actions, des causes, que ce soit Extinction Rebellion, l’Affaire du Siècle ou le Mouvement Zéro Déchet.

Il y a ceux et celles qui y voient une opportunité de vivre plus en accord avec leurs envies : se rapprocher de la nature, créer de leurs mains de nouveaux outils, des installations de survie et d’autonomie. On voit émerger de nombreux projets de collectivités, comme La Suite du Monde, des communautés autogérées et durables dans le Sud-Ouest.

Dans toute cette mouvance dite “de la Transition” ou du “survivalisme”, on observe que la perspective de l’effondrement a été transformée en une forme d’action positive, et même de véritables projets de vie.

Pour certains, les actions sont orientées vers l’apprentissage des techniques de survie “pure”, ou de décroissance, de vie simple, proche de la nature. On apprend à chasser, pêcher, trouver de la nourriture en forêt, des plantes médicinales, à couper du bois et faire du feu. On réapprend des savoirs ancestraux perdus. On fait de ses mains, on retrouve un peu la capacité de créer sa propre vie, de contrôler son destin. On met en place un plan d’action, on sauvegarde ce qui compte vraiment, on imprime ses photos de famille, on achète des cartes routières…

Pour d’autres, ce sont la création de communautés, la construction d’une société plus fraternelle, qui sublime leurs angoisses en la création commune de nouvelles règles, de nouveaux habitats, de nouvelles manières de vivre au quotidien.

D’autres enfin réfléchissent à toutes les alternatives énergétiques possibles, en version sobre, locale et low tech.

Certains affirment même que la perspective de l’effondrement de la société thermo-industrielle, et leur éco-anxiété, leur a donné des ailes.

Qu’ils trouvent un nouveau sens à leur vie, qu’ils(elles) peuvent enfin trouver leur place.

Qu’ils ont le sentiment que la nature, que la vie est en train de reprendre ses droits, qu’il y a comme “une justice, un retour des choses à leur équilibre d’origine”.

Que leur envie de quitter la Rat Race est totalement justifiée par ce qui va arriver.

La “Rat race”, ou la compétition féroce entre les êtres humains pour la réussite, le pouvoir ou l’argent

Combattre la solastalgie : profiter du temps présent (Carpe Diem !)

Et oui, l’être humain a beaucoup plus de mal à perdre ce qu’il a déjà que ce qu’il n’a pas. Demandez à un non-fumeur si la cigarette lui manque, puis demandez à un ex-fumeur. Le ressenti est bien différent !

Il existe d’ailleurs une expérience en psychologie qui montre clairement qu’on a bien plus de mal à perdre un billet de vingt dollars que de ne pas le gagner. Nous aurons bien plus de difficultés à “perdre” notre confort moderne que les habitants des pays pauvres qui vivent “sans” (écrans plats, Internet, voitures, machines à laver, supermarchés… la liste est longue) depuis toujours.

Sans compter ceux et celles qui ont déjà tout perdu, et qui sont sur les routes…

Raison de plus, alors, de profiter de ce que l’on possède aujourd’hui : les dentistes qui ne font pas mal, les avions low cost, ou les jeux vidéos. Demain, tout cela aura sans doute / certainement disparu.

C’est profiter de la nature et de sa beauté :

Une étude publiée par l’université britannique d’Essex, intitulée  « Ecothérapie, l’agenda vert pour la santé mentale », souligne qu’une simple promenade dans la nature améliore l’humeur et la confiance en soi des personnes dépressives.

Pour trente minutes de promenade dans la campagne ou dans un centre commercial, 70 % des vrais promeneurs se sont sentis mieux, contre seulement 45 % des amateurs du shopping.

consoglobe.com

C’est pratiquer des exercices de gratitude quotidiens qui pourront nous permettre de laisser moins de place à l’éco-anxiété. Tous les jours, je pratique ce type d’exercice, dès mon réveil. J’ai deux bras, deux jambes, je suis en bonne santé, j’ai de la nourriture et un réfrigérateur pour la mettre dedans… je suis très, très privilégiée. Sachant ce que d’autres vivent sur cette Terre en ce moment même, et sachant ce que peut être notre futur, il faut encore plus profiter du présent.

Combattre l’écoanxiété : se regrouper

D’un côté, nous sommes devenu(e)s de plus en plus intelligents, en plus d’être éduqués et connectés.

De l’autre, nous avons développé une grande méfiance vis-à-vis des autres, de la société, du politique et de l’étranger.

Nous avons une conscience de plus en plus alimentée par les informations et les données scientifiques, de l’autre nous ne vivons plus dans un esprit de communauté et de groupe. Il faut dire qu’on a tant prôné la réussite personnelle et l’indépendance, qu’elle soit financière, familiale, sociale et psychologique depuis des décennies, qu’on a développé une allergie au groupe. S’attacher à l’autre signifie presque être dépendant affectif, donc être faible dans un monde où l’on se doit d’être fort !… C’est ce qu’on croit.

On manque, pour se sentir plus en sécurité, d’un sentiment d’appartenance à un groupe qui soit soutenu par l’épreuve de la réalité. Le sentiment, la sensation aussi d’avoir un cap, et une vision collective de ce que l’on veut vivre, de ce que l’on veut construire.

On peut rejoindre des communautés qui réfléchissent aux manières et moyens matériels et psychologiques de se préparer à la “transition” ou à “l’effondrement” selon sa manière de voir les choses, comme celui de la Collapsologie Heureuse sur Facebook.

Combattre la solastalgie : informer et éduquer

Quand à ceux et celles qui veulent éduquer, ils/elles se heurtent à la difficulté de trouver le juste milieu entre le catastrophisme et une vision d’un avenir rose bisounours. Un optimisme aveugle qui proviendrait de la croyance en la toute-puissance de la nature à se rétablir, et de l’humain à trouver des solutions, notamment grâce à la science. Nicolas Hulot en parle bien dans cette interview donnée à Radio Canada en janvier.

Il faut aussi se nourrir de ce qui fonctionne, pour prendre exemple, trouver des sources de motivation et de changement.

Il faut se nourrir de ce qui est beau, de ce qui nous émeut, de notre amour des dauphins ou des mantes orchidées, des roses ou du jasmin, des forêts en automne, des cerfs qui brament au petit matin. C’est le coeur qui donne la force de se lever et d’avancer, déterminé(e), sur son propre chemin, quoi que les autres disent, quoi que le monde fasse.

*

Pour se battre contre le sentiment de perte et la peur de la fin du monde, il est donc recommandé de s‘informer et de s’éduquer, de devenir proactif, et de s’imaginer dans un monde qui aura changé

Ne pas être dans le déni, mais plutôt dans le réalisme, et choisir l’optimisme, travailler à voir le bon côté de la situation. Qu’elle soit subie ou choisie, la décroissance n’aura pas le même goût.

Pour échapper à la “dépression verte”, il faut notamment comprendre que l’humain est la cause, mais aussi la solution. Et que nous sommes capables du pire, mais aussi du meilleur. Il faut croire en son pouvoir d’action, et prendre conscience qu’en faisant le bien, on va aussi donner l’exemple. Et qu’en étant heureux(se), on fera des jaloux(ses) qui n’auront qu’une envie : copier notre style de vie !

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Sources : Consoglobe / Sciences & Avenir / Wikipedia / lebonbon.fr / lesmouvementszero.com / radio-canada.ca / lesechos.fr / Glenn Albrecht

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Sophilosophy Barbarella

Créatrice de contenus en ligne, je suis également conseil et coach en psychologie positive sur deux thématiques : les personnes surdouées et multipotentielles, et l'éco-anxiété et la solastalgie. Diplômée en journalisme et en psychosociologie, je suis passionnée par le développement durable, le développement professionnel et personnel, et le monde de demain. Retrouvez-moi sur : maviemagique.com, thejobrevolution.com, demainlenouveaumonde.com, lamajestedeselephants.com, et sur les réseaux sociaux.

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