Le coronavirus (COVID-19), c’est pas grave, et c’est très grave – les explications

J’ai publié il y a deux jours un premier article qui expliquait pourquoi il était nécessaire de rentrer chez soi et de se confiner, sans même attendre les interdictions officielles et la procédure d’alerte sanitaire. 

Je vais essayer avec celui-ci d’aller plus loin, afin d’essayer de convaincre les Français – dont le comportement d’une minorité risque de faire basculer la situation – de changer immédiatement leur vision des choses et de respecter les ordres. En fait, il faut même aller plus loin que les consignes gouvernementales.

Je ne cherche pas à faire peur. Je cherche justement à transformer une angoisse diffuse, parce qu’on ne sait pas, en une réalité dont on a clairement le droit d’avoir peur, comme on a peur d’avoir le cancer ou de perdre un proche. Ce sont des dangers réels, des peurs réelles. Mais quand on connaît bien l’ennemi, et qu’en plus on comprend pourquoi c’est une urgence vitale de rester chez soi et de stopper la transmission du virus, on vit mieux le confinement, et on peut aussi se préparer aux semaines, aux mois à venir. Et gagner ainsi en réassurance, en confiance, si ce n’est en sérénité. 

Cette pandémie mondiale, qui est née en Décembre en Chine sur un marché de poissons, est à la fois peu grave, et très, très grave. Son issue, en fait, aucun expert ne la connaît, car elle va dépendre TOTALEMENT et UNIQUEMENT de notre comportement à tous.tes.

Si nous respectons, aujourd’hui 19 mars 2020, l’ensemble des consignes données, nous allons stopper l’explosion de la pandémie.

Par contre, il est déjà trop tard pour stopper la flambée attendue des cas de contamination : toutes les personnes infectées par le virus ont déjà contaminés d’autres personnes, dont une partie (environ 20%) va devoir être hospitalisée. Par contre, si elles arrêtent de contaminer, on devra faire face au pic (attendu par tous les spécialistes), avant de voir la baisse puis l’extinction de la pandémie. 

Première chose.

Coronavirus : quand le monde entier est en état de guerre, c’est que c’est grave. Très grave.

Nous vivons dans un monde mondialisé et capitaliste, où les échanges commerciaux et le fonctionnement de l’économie priment avant tout. Dans une société où manifestement l’argent compte plus que les hommes, les bénéfices plus que les souffrances qu’ils génèrent. On a beau manifester depuis des années, de plus en plus nombreux.ses, pour un monde #PeopleBeforeProfit (#LesGensAvantLArgent), on en était loin. Je dis “était”, car ce n’est plus le cas.

Dites-vous bien que si les Etats du monde entier, d’un seul coup, demandent de ne plus produire, de ne plus consommer que le nécessaire, ferment leurs frontières et débloquent des centaines de milliards, c’est que si nous ne respectons pas les consignes, la situation va devenir cauchemardesque. Si un État considéré comme “capitaliste” prend des mesures qui font s’effondrer la Bourse, perturber voire paralyser l’économie, fermer des entreprises par millions et faire perdre énormément d’argent aux actionnaires, C’EST QUE C’EST TRÈS TRÈS GRAVE. 

Un aperçu éclair de la situation à ce jour. Pour que vous compreniez que les comportements de tous les organismes financiers et des gouvernements du monde montrent des signes d’alarme – justifiés.

La Banque Centrale (la banque du monde, quoi) a baissé son taux de 100 points (c’est gigantesque), pour permettre encore plus de crédits.  La FED (Réserve fédérale américaine) a annoncé lundi 16 mars, qu’elle allait offrir 500 milliards de dollars supplémentaires (449 milliards d’euros) sur le marché monétaire, en plus des liquidités déjà injectées la veille avec d’autres banques centrales, et un abaissement de son taux directeur à zéro. Les grandes institutions font marcher la planche à billets pour arroser l’économie de liquidités, tant ils savent que l’économie risque de s’effondrer. Et juste pour la France, le gouvernement a annoncé débloquer 300 milliards d’euros pour faire face à la crise et survivre au choc économique. C’est gigantesque.

Les frontières FERMENT. C’est un signe clair de volonté de contraindre à tout prix la pandémie, et de son échelle mondiale. Les USA ont interdit l’entrée à toute l’Europe. Les frontières de l’Europe sont fermées. La frontière entre le Canada et les USA est fermée. Le Mexique a annoncé qu’il envisageait de fermer celle commune avec les USA pour éviter une fuite massive de Nord-Américains dans leur pays (la roue tourne…). L’Espagne, L’Allemagne, l’Italie ont fermé leurs frontières. D’autres pays ont choisi une autre stratégie en ne fermant pas les leurs : l’immunisation de groupe. On va en reparler…

Les Etats lâchent des aides financières et sociales jamais vues auparavant. En France : congés maladie sans délai de carences, suspension des loyers, factures d’eau et d’électricité, fonds national de solidarité pour les petites entreprises et indépendants… En Espagne, gels des impôts et cotisations (comme en France), bons alimentaires distribués aux personnes sans ressources…

Jamais, de l’histoire du capitalisme, des pays économiquement majeurs n’ont arrêté leurs productions et leurs échanges marchands pendant 1 mois. JA-MAIS.

Et quand on annule de grandes compétitions sportives, comme le tournoi de tennis de Roland-Garros qui débute normalement en… juin, ou qu’on reporte des compétitions de football à l’année prochaine, c’est qu’on sait déjà que la pandémie va durer sur une longue durée. 

La situation POTENTIELLE est donc très grave. Je vais vous expliquer pourquoi.

Le coronavirus, un gentil monstre

C’est un virus tout nouveau

“Le SARS-CoV-2 étant complètement nouveau, l’ensemble de la population y est sensible.”

Contrairement à la grippe saisonnière ou au virus type H1N1, qui ont circulé et ont donc immunisé une partie de la population, le coronavirus SARS COV2 – COVID-19 n’a jamais circulé dans la population. Personne n’est immunisé. TOUT LE MONDE peut tomber malade. Et potentiellement TOUT LE MONDE PEUT TOMBER MALADE QUASIMENT EN MÊME TEMPS. A quelques jours, quelques semaines d’écart, si on ne rentre pas en confinement et qu’on ne respecte pas les mesures sanitaires.

Face au coronavirus, des lits et des médecins en nombre limités

Ce coronavirus, dont le nom scientifique est en réalité le SARS COV2 (le COVID-19 étant le nom de la maladie qu’il déclenche), n’est en soi, pas un si méchant virus.

Il déclenche d’abord une toux sèche et une fièvre, qui s’ensuite ensuite par une pneumonie : ce qu’il aime, ce sont les cellules de nos poumons. On sait qu’en gros, 80% des personnes qui sont ou seront contaminées par le virus n’auront rien d’autre à faire que de rester quelques jours chez eux avec du Paracétamol(1), comme s’ils avaient été touchés par une “petite grippe”. C’est ce qu’on a beaucoup raconté au début, et c’est ce qui a retardé la mise en place des mesure sanitaires nécessaires.

Mais les 5-10-20% restants (selon l’âge des contaminés, les pays, le chiffre peut varier du simple au quadruple) vont avoir besoin d’une aide médicale et d’une hospitalisation, notamment pour des problèmes, voire une détresse, respiratoires.

Quand on analyse son taux de mortalité, les experts disent que dans des circonstances normales en Occident (prise en charge rapide dans un hôpital bien équipé), le taux de mortalité tourne en-dessous de 1%. Et que ces 1% (voire 0,7%) sont en fait des cas de personnes très âgées, qui présentaient déjà une situation de comorbidité, comme des problèmes cardiaques et respiratoires. 

« Globalement, environ 3,4 % des cas de Covid-19 signalés sont décédés. En comparaison, la grippe saisonnière tue généralement moins de 1 % des personnes infectées. »

En Chine, le Hubei, la province où est située la ville de Wuhan, berceau de l’épidémie et qui totalise plus de 67 000 cas confirmés, affiche un taux de létalité de 4,3 %, quand les provinces touchées plus tard sont loin d’avoir un tel niveau : 1,7 % pour le Henan, 0,5 % pour le Guandong, 0,4 % pour le Hunan et même 0,08 % pour le Zhejiang. Hors de Chine, l’Italie, pays le plus touché en Europe avec 3 858 cas, le taux de létalité s’élève à 3,8 %, six fois plus que la Corée du Sud (0,6 %, avec plus de 6 200 cas), et davantage qu’en France (1,6 % avec 7 décès) ou le Japon (1,7 %, avec 6 décès). Quatrième pays le plus touché après la Chine, la Corée du Sud et l’Italie, l’Iran a un taux de létalité de 3 %.

C’est un des premiers aspects de ce virus, du problème qu’il cause. Les détresses respiratoires (on arrête de respirer, mort dans les minutes qui suivent), on connaît, et les urgences sont équipées de personnel qualifié pour faire face à ce genre de problèmes et de respirateurs artificiels. On peut alors rester à un taux de mortalité très bas – seules les personnes déjà très faibles au niveau respiratoire ou cardiaque, en état d’immunodépression (ils.elles n’ont plus de défenses immunitaires) y restent. Mais si trop de patients, parfaitement “sauvables”, se présentent en même temps dans les hôpitaux, ils ne pourront pas tous être sauvés. Par manque de soignants, et de machines, à l’instant T. Les gens qui sont mis sous respirateur artificiel n’y restent pas 3 minutes, et hop, on réanime le suivant. Ils y restent 15 jours, 3 semaines. On comprend alors mieux qu’il est facile d’arriver à un point où n’y a plus de machines disponibles.

La France dispose de 5000 lits de réanimation dans les hôpitaux

Voilà pourquoi ces chiffres sur la létalité du virus comptent peu, en réalité. La priorité des gouvernements, c’est que tout le monde ne soit pas malade en même temps. Car là, ce n’est pas 1 ou 3% de mortalité qu’on va obtenir. 

Cette mortalité “réelle” est accentuée par de nombreuses réalités. Rien qu’en France, dans de nombreuses régions de campagne, les médecins sont peu nombreux, les hôpitaux ont perdu des moyens de soins, et les personnes âgées sont nombreuses (dans les petits villages notamment) et donc loin des hôpitaux. Aller les trouver, les dépister (le test prend actuellement un à deux jours), et surtout les rapatrier dans les temps pour les sauver si elles déclarent des symptômes graves sera très difficile. On s’attend donc déjà à une mortalité plus élevée que celle dans une situation sanitaire et de prise en charge “idéale”.

En réalité, même si une grande partie de la population française, entre 40 et 70% selon les simulations, est en contact avec le virus et est contaminée, ce sera totalement différent si cela s’étale sur plusieurs semaines, ou sur deux ans. En ce moment, les chiffres montrent une progression rapide : de 150 000 cas reportés dans le monde dimanche 15 mars, nous sommes passés à plus de 200 000 cas le mercredi 18, soit une hausse de 25% en 3 jours. C’est pour cela qu’il est important de casser cette croissance exponentielle, qui va continuer (il faut que tous les contaminés actuels manifestent les symptômes et guérissent), pour ensuite, grâce aux mesure de confinement, diminuer leur accélération avant de stationner puis de redescendre (nombre de contaminés, et surtout nombre de décès).

Le coronavirus se diffuse facilement

Le deuxième problème avec ce virus SARS COV2 – COVID-19, c’est qu’il est très facilement transmissible. Il se transmet par des gouttelettes lorsqu’on tousse, des particules d’eau qui viennent de notre appareil respiratoire. Voilà pourquoi on vous dit et redit de ne pas rester à moins d’un mètre des gens (c’est en fait trop peu – on peut projeter des postillons bien plus loin en toussant fortement), de vous laver les mains pour vous débarrasser du virus qui traîne sur les objets que les gens qui sont contaminés ont touché avec leurs mains non lavées après avoir toussé dedans (ouf).

On estime qu’il peut rester vivant 3 à 12 heures sur des objets (comme des poignées de porte ou le journal que vous recevez dans votre boîte aux lettres). Voilà pourquoi il faut se laver les mains très souvent et ne pas se toucher le visage avant de l’avoir fait. C’est une discipline, une habitude à prendre vite, sachant qu’on se touche le visage entre 3000 et 5000 fois par jour. Je sais, c’est compliqué. Mais vous comprenez pourquoi le coronavirus SARS COV2 – COVID-19 est capable de se propager facilement. 

On estime qu’en temps normal, une personne va en contaminer trois autres. Ce qui est déjà beaucoup.

Mais le troisième problème qui s’ajoute, c’est qu’avec ce coronavirus, on peut rester pendant près de deux semaines en étant contaminé – ET DONC CONTAMINANT LES AUTRES – avant de développer (éventuellement !) des symptômes. 

Le coronavirus, une maladie qui peut être sans symptômes 

En réalité, dans le monde dans lequel vous vivons, une grande partie d’entre nous, contaminés sans le savoir, s’est baladé ces dernières semaines sur des marchés, dans des stades ou des concerts, dans des halls de gare ou des aéroports… 

C’est notamment ce qui explique la mortalité et l’engorgement des urgences actuellement dans le Bas et le Haut-Rhin en France : une réunion religieuse de 2000 personnes du 17 au 24 février, au sein de l’église évangélique de Mulhouse. “Ils sont restés plusieurs heures et plusieurs jours ensemble, s’embrassant, se touchant, ayant une grande proximité du fait de leur pratique religieuse.” Les participants sont ensuite repartis chez eux… sans présenter de symptômes, puisque le virus a besoin de plusieurs jours d’incubation avant de se manifester.

Ce n’est pas le virus qui se déplace. C’EST L’HOMME QUI LE DÉPLACE. Donc quand les Parisiens ont pris d’assaut les gares et les trains, les aéroports et les avions, les Blablacar (bonjour la promiscuité) et autres moyens de transports pour fuir à la campagne, ils ont signé l’arrêt de mort de dizaines, centaines, voire de milliers de personnes. 

Pensez-y :

Aujourd’hui, on ne connaît pas le nombre de personnes contaminées, car le quatrième problème on commence à beaucoup en parler :

Pas de tests systématiques pour le coronavirus en France

Et oui, on se dit tout de suite qu’il faudrait tester tout le monde et isoler ceux et celles qui sont contaminés, afin de pouvoir laisser les non-contaminés travailler, soigner, produire, bref aider le pays. Et prendre immédiatement en charge les personnes les plus à risques. 

Le problème, c’est que ce n’est pas le choix de la France, et le débat fait rage pour comprendre pourquoi. 

Le site du gouvernement dédié au nouveau coronavirus précise que “le test est réalisé uniquement en cas de suspicion de la maladie, validée par le Samu et par un infectiologue référent.” Mais cela ne veut pas dire que toute personne ayant les symptômes, assez banals, sera testée.

Un cas de suspicion, ce sont “les personnes revenant de régions endémiques (Chine, Singapour, Italie), les ‘cas contacts’, qui ont partagé un même lieu de vie ou eu un contact étroit à moins d’un mètre avec une personne détectée positive”.

“Il faut bien comprendre que les tests sont utiles pour comprendre où circule le virus, ils deviennent moins indispensables dans les zones de circulation active où c’est la prise en charge sanitaire qui devient centrale”, rappelle le gouvernement.

Le test prend du temps, même si les chercheurs font tout pour raccourcir le délai et simplifier la procédure de test. Cela consomme du temps que les chercheurs préfèrent consacrer à la recherche d’un médicament et d’un vaccin.

Mais cela signifie que le nombre de cas confirmés, dévoilé quotidiennement par Santé publique France, ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ils n’informent que partiellement sur le nombre de personnes réellement contaminées par Covid-19 sur les différents territoires. 

On se rend alors compte, en ajoutant toutes ces informations, que l’on ne peut pas prédire l’évolution de la maladie, ni le nombre de personnes contaminées, le nombre de personnes qui seront malades (que ce soit couchées avec quelques symptômes comme la fièvre pendant quelques jours ou avec des problèmes plus graves), et le nombre de décès à venir. On sait juste que toutes les personnes contaminées le sont, qu’on ne peut pas revenir là-dessus.

On ne sait pas non plus quand la pandémie ralentira. Si les personnes contaminées sont confinées, avec les autres, elles contamineront certainement leurs proches qui vivent avec eux, mais pas les autres. Cela réduira le nombre de malades, le nombre de décès. De plus, après avoir été malade, on développe une immunité qui à priori durerait quelques mois à un an, mais qui permet de ne pas attraper de nouveau la maladie. Et on ne la transmet plus le temps de cette immunité, car le virus a été détruit par l’organisme. C’est ainsi que l’on développe ce qu’on appelle l’immunité de groupe. Le Royaume-Uni et la Hollande ont notamment pris ce pari… risqué.

Mais sa propagation va tout simplement dépendre de NOTRE comportement. Si des personnes contaminées continuent à aller sur les marchés sans respecter les consignes de distanciation sociale ou d’hygiène des mains, la pandémie peut exploser. On espère déjà que le nombre de contaminés en France et dans le monde est suffisamment bas pour que les mesures de confinement et autres déploiement d’unités de soin permettent de limiter les dégâts sur la vie humaine. Nous sommes en fait affecté.e.s par un virus inconnu que pourtant nous pouvons maîtriser très facilement et qui dans l’absolu tue peu. C’est assez paradoxal. 

Quel est le vrai danger ?

Cette pandémie est potentiellement très grave, on l’a vu précédemment, et c’est pourquoi les Etats prennent des mesures aussi drastiques. On ne peut pas connaître d’avance le nombre de contaminés futurs, et surtout leur répartition dans le temps. Mais les pandémies précédentes (Ebola, H1N1, SRAS…) ont été étudiées et modélisées par de nombreux scientifiques, tout simplement parce que oui, ça arrive. Et que les grandes banques, les compagnies d’assurance, les Etats ont besoin de savoir ce que va être le futur, et d’étudier chaque risque potentiel dans le monde, tout ce qui menace l’économie et les revenus des actionnaires… On a donc des modèles statistiques qui, même si cela reste toujours des prévisions, deviennent de plus en plus fiables quand les chiffres réels du nombre de contaminés et de décès rejoignent les chiffres hypothétiques.

En Espagne, nous sommes ainsi passé de 14000 cas le 17 mars de contamination à 17000 cas le 19…, c’est à dire, en deux jours. L’université Polytechnique de València en Espagne (où je vis) a diffusé une modélisation épidémiologique, c’est à dire des courbes calculées depuis ces formules d’évaluation de la progression d’une pandémie, formules construites grâce aux expériences réelles des épidémies précédentes. Et on voit que les chiffres réels rentrent dans les courbes des hypothèses.

(Université Polytechnique de València)
Prévision minimum de cas reportés (ligne du haut), moyenne (celle du milieu) et maximale (ligne du bas) – Nous sommes au vu des chiffres réels entre la mesure moyenne et la maximale
(Université Polytechnique de València)
(Université Polytechnique de València)

… et voilà la prédiction mathématique de l’Université Polytechnique de València pour la période du 14 au 26 avril…

Leur conclusion : entre 1 et 2,6 millions de contaminés en Espagne.

Si – je prends des chiffres bas – seulement 5% sur 1 million de personnes contaminées doivent être hospitalisés, soit 50 000 personnes en 12 jours, on est clairement dans un schéma de mortalité élevée. Je ne connais pas le nombre de lits disponibles en Espagne. Mais admettons qu’ils en aient plus qu’en France, avec l’aide de l’Armée, disons 10 000 lits équipés. Ces lits sont donc occupés pour une période moyenne de 14 jours. Resteront 40 000 personnes non pris en charge…

Coronavirus : les estimations de contamination nationale

Patrice Pelloux, médecin urgentiste à la tête du syndicat du même nom, a avancé le chiffre de 15 millions de Français contaminés sur la durée de la pandémie. Il est clair que dans ce cas, même si la pandémie s’étale sur plusieurs mois (et donc que les gens ne sont pas tous malades en même temps), même si on développe des lits et des ressources médicales (étudiants en médecine, médecins à la retraite, cliniques privées) pour soigner tout le monde, ça va coincer. 

Admettons que la pandémie s’étale sur 15 mois. Scénario optimiste, la courbe est assez plate, le virus se diffuse lentement. On arrive donc à une moyenne d’un million de Français atteint chaque mois. 10% doivent être hospitalisés, soit 100 000 personnes. Imaginons généreusement que l’on soit passé de 5000 lits disponibles à 10 000 (ce serait presque, déjà, un miracle). Imaginons aussi que la moitié de ces personnes guérissent seules de leur état pourtant assez avancé, puisqu’ils doivent être hospitalisés. Donc 5% seulement sont absolument à prendre en charge par les soignants. C’est à dire 50 000 personnes. 10 000 lits, 50 000 personnes qui ont besoin d’une prise en charge. Sachant que chaque personne sous respiration artificielle y reste deux semaines. Il y a donc chaque mois 40 000 personnes qui meurent, faute de soins. On retrouve les chiffres de l’Espagne. 

Ce chiffre peut sembler faible, mais pourtant.

Il est clair qu’en état d’urgence sanitaire, on privilégiera les jeunes aux personnes âgées, et les personnes “en bonne santé par ailleurs” à celles qui ont déjà de lourds problèmes de santé. Mais il est clair que parmi ces 40 000 décès, on trouvera des personnes qui avaient une fonction importante dans la société. Médecin, pompier, routier (eh oui, essentiels pour ravitailler nos supermarchés…), pharmacien, animateur de crèche, caissière. Ces personnes ont également de la famille, des proches, et ceux-ci auront appris le décès de leur père, fille ou tonton sur le parking de l’hôpital, voire devant eux, à la maison, sans pouvoir rien faire. Et ne pourrons pas, comme déjà aujourd’hui, assister à leur enterrement. Croyez-vous qu’ils repartiront au (télé)travail dans la minute qui suit ? Derrière les chiffres, les impacts psychologiques de morts en grande nombre, c’est aussi la souffrance psychologique et sans doute la paralysie, au moins momentanée, des proches. 

Et si ces personnes avaient des enfants dont il faut s’occuper, leurs conjoints vont devoir cesser de travailler pour s’en occuper. Ce n’est pas une, mais deux personnes qui se retirent de la vie et de la gestion du pays. Si un routier perd sa femme, il va demander un arrêt maladie, voir faire exercer son droit de retrait, voire prendre un congé sans solde (ses enfants valent plus que son salaire de 1500€ par mois), et donc les livraisons de nourriture dans les commerces vont baisser. Il va y avoir des pénuries dans certains endroits. Les gens vont alors commencer à se battre pour des denrées alimentaires, sortir pour chercher de la nourriture.

Vous comprenez la vraie ampleur du problème ?

Si vous êtes technicien de maintenance dans une centrale nucléaire en ce moment, que votre femme est contaminée par le virus donc confinée dans une chambre à part, vous allez garder vos gosses et pas aller au boulot. Et ça c’est si jamais vous ne tombez pas malade vous-même.

Le vrai danger du coronavirus : les réactions en cascade

On ne peut pas, on l’a dit, prévoir la suite. Car on ne connaît pas le nombre de personnes contaminées, ni combien vont souffrir de symptômes graves, et quand. C’est ce qui est stressant. C’est un virus nouveau, pour lequel on n’a pas de  médicament – même si on parle beaucoup de la chloroquine, qui a pour l’instant de bons résultats en test. Ni de vaccin. Et même si les USA ont affirmé un temps qu’ils auraient un vaccin en juillet, on se souviendra juste que le virus du SIDA a débarqué en 1983, et qu’en 2020, on n’a toujours pas trouvé de vaccin. Malgré les centaines de millions de dollars donnés par l’argent de la Fondation Bill Gates ou encore le Sidaction…

Si, en France, on arrive au scénario catastrophe de 15 millions de personnes contaminées entre l’arrivée massive de touristes chinois en Janvier à Paris et la mise en place du confinement en mars, et que les cas se développe sur uniquement deux, allez, trois mois. Soit 5 millions de personnes contaminées chaque mois.

Si on estime à seulement 5% le nombre de personnes nécessitant une hospitalisation en France (car les taux de létalité varie d’un pays à l’autre), soit 250 000 personnes, on tombera dans l’extinction de masse : 100 000 morts par mois ? 220 000 ? Inutile de dire qu’il va être difficile de faire tourner le pays sans toutes ces personnes. Il faudra enterrer tous ces morts pour éviter le choléra (eh oui), dans des fosses communes, ou les incinérer à la chaîne. Leurs conjoints, effondrés, leur famille et leurs amis, devront prendre en charge les enfants. Ce qui sera difficile si on doit rester cloisonné pendant des mois, et si la nourriture manque parce que les routiers sont soit morts, soit à la maison pour gérer ce qu’ils peuvent encore aider. 

“Les projections concernant l’impact du SARS-CoV-2 en cas de laisser-faire sont très pessimistes. L’équipe de Neil Ferguson (Imperial College, Londres) a travaillé sur cette option. Dans le cas de la France, si aucune action d’atténuation ou de confinement n’était menée, ses modélisations prévoyaient entre 300 000 et 500 000 morts dans l’hypothèse la plus pessimiste, les services de réanimation se trouvant rapidement submergés.

Bien sûr, dans ce cas pessimiste, l’économie s’effondre – c’est déjà le cas aujourd’hui, et c’est pour cela que les banques et le système économique sont déjà placés sous respirateurs artificiels, c’est à dire une abondance de liquidités. Mais s’il y a beaucoup de morts, ce seront des consommateurs en moins, des producteurs en moins. On a plus besoin de fermiers et de pompiers que de comptables ou de directeurs marketing dans ce genre de circonstances. Or ces métiers se font à l’extérieur… hors confinement…

Si on arrive à la fin de l’économie (plus d’offre, plus de demande, plus d’échanges commerciaux), on arrivera aussi aux limites de la gestion de l’Etat. Si en trois mois on a à chaque fois 200 000 morts, soit 600 000 morts pour la durée de la pandémie, mieux vaut espérer qu’ils ne toucheront pas des services essentiels. L’armée, la police, les médecins, les pompiers. Sinon, on risque fortement de basculer dans un état de non-droit. C’est à dire que l’Etat (s’il n’a pas disparu) n’est plus capable de fournir l’eau à nos robinets, ou l’électricité. Ni de protéger ses citoyens. C’est alors l’anarchie et la fin de notre pays… voire d’une civilisation. 

J’arrête là, car on parle ici clairement de l’effondrement d’une civilisation, et ce sujet est bien trop large pour le développer ici. Mais la situation se résume ainsi : si la pandémie s’étend, et que les cas de personnes à hospitaliser sont extrêmement nombreux ET se déclarent tous en même temps, on va clairement vers des moments très, très difficiles.

D’où l’importance vitale (c’est une question de vie ou de mort) de RESTER CHEZ SOI et de ne plus approcher les autres. C’est de toute façon le seul moyen de lutter. Il faut donc braver les patrons qui menacent de nous licencier, et tout faire pour exercer un droit de retrait, poser un congé maladie, voire prendre un congé sans solde, si cela permet de ne pas être contaminé et de ne pas contaminer d’autres personnes que ses proches. 

C’est en plus pour une durée de semaines, on ne parle pas d’années. C’est actuellement le seul moyen de lutter. Avec aussi celui de soigner ses défenses immunitaires, et d’aider ceux qui aident, qui sont sur le front.

Je suis optimiste, parce que même si ce n’est pas parfait, même si c’est sans doute tard, la majorité des mesures d’urgence qui ont été prises sont les bonnes. Je pense que nous n’arriverons aux pires situations, possibles (de manière théorique) mais peu probables si l’ensemble des pays ferme ses frontières, confine ses populations et jette tout l’argent possible et imaginable dans les hôpitaux, les laboratoires de recherche et les fonds de solidarité aux entreprises et aux populations.

Par contre, cette pandémie montre clairement les limites d’un système hyper-fragile : un seul Chinois mange du pangolin infecté, et le monde entier peut s’écrouler. Elle montre le manque criant d’argent pour les hôpitaux et la recherche, le manque de stocks de produits de base comme du gel hydroalcoolique ou des masques en France ou en Espagne, pays pourtant développés. Elle arrive à un moment où le monde vit en fait à crédit, avec une Banque Centrale qui fabrique de la fausse monnaie depuis 2008 pour soutenir des entreprises qui étaient déjà à bout de souffle (comme la Deutsche Bank, ou de toutes petites entreprises qui ne survivent qu’en enchaînant les crédits les uns après les autres).

La pandémie du coronavirus SARS COV2 – COVID-19 ne s’étend pas sur un monde fort et en bonne santé, mais au contraire fragile et très sensible au moindre grain de sable dans un système hypercomplexe et hypermondialisé.

Si on s’en sort sans trop de frais, en termes de morts et en termes de chômage ou de pertes de confort, il faudra sérieusement revoir tout le système. A commencer par l’exploitation des animaux sauvages, l’élevage industriel, la production de produits essentiels à l’autre bout du monde, la capacité de réactivité des gens face à un risque sanitaire, et j’en passe. 

J’en parlerai dans d’autres articles.

  • Le prochain article sera dédié aux conseils pour vivre un confinement le mieux possible, c’est un peu utile en ce moment.
  • Le suivant parlera de psychologie, de sociologie et de psychosociologie humaine face aux crises. Car ces crises, surtout quand elles touchent à la vie elle-même (en tout cas, la vie humaine…) sont également des révélateurs de nos bons côtés. Avec également les mauvais..
  • Cet article sera mis à jour en fonction des données que je recueille quotidiennement. N’hésitez pas à l’enrichir ou à la corriger dans les commentaires.

(1) Il semble que lutter contre la fièvre avec du Paracétamol ne soit pas une très bonne idée, pour deux raisons. D’abord, prendre un cachet dès les premiers effets de la fièvre peut perturber un diagnostic médical, et donc ne pas enclencher le dépistage du patient, alors qu’il est contaminé – et donc contaminant.

De plus, la fièvre est notre moyen naturel de lutter contre les virus ! Mais je ne développerai pas ce point pour l’instant, en attendant des sources médicales fiables sur les résultats de traitement avec et sans traitement anti-fièvre. On sait déjà que l’Ibuprofène (un anti-inflammatoire) semble très contre-indiqué dans cette période.

A voir pour mieux comprendre les spécificités du coronavirus SARS – COV2 (COVID-19) :

Sources :

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/

https://www.estrepublicain.fr/sante/2020/03/18/coronavirus-pourquoi-on-ne-teste-pas-tout-le-monde

Coronavirus : les derniers développements sur la pandémie – 28 minutes – ARTE

https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-pourquoi-meme-avec-les-symptomes-tout-le-monde-nest-pas-teste_fr_5e676878c5b68d61645a8540

Conférence du professeur Philippe Sansonetti, titulaire de la chaire Microbiologie et maladies infectieuses au Collège de France : Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée

Publiée par Julien Wosnitza sur Dimanche 15 mars 2020

Voir sur Medium.com

Allo Docteurs, France 5 : Michel Cymes et Emma Strack accompagnés de spécialistes pour une émission spéciale coronavirus

https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200318.OBS26251/la-chloroquine-un-espoir-dans-la-lutte-contre-le-coronavirus.html

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/16/l-immunite-de-groupe-un-pari-risque-face-au-covid-19_6033228_3244.html

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/06/pourquoi-la-gravite-du-covid-19-varie-d-un-foyer-a-l-autre_6032052_3244.html

Les données de l’équipe de Neil Ferguson (Imperial College, Londres) sur les projections concernant l’impact du SARS-CoV-2 

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Sophilosophy Barbarella

Créatrice de contenus en ligne, je suis également conseil et coach en psychologie positive sur deux thématiques : les personnes surdouées et multipotentielles, et l'éco-anxiété et la solastalgie. Diplômée en journalisme et en psychosociologie, je suis passionnée par le développement durable, le développement professionnel et personnel, et le monde de demain. Retrouvez-moi sur : maviemagique.com, thejobrevolution.com, demainlenouveaumonde.com, lamajestedeselephants.com, et sur les réseaux sociaux.

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