Le futur vous déprime ? Solastalgie, éco-anxiété et “dépression verte”

Solastalgie, écoanxiété, collaspsalgie, dépression verte... les étapes du deuil et de l'acceptation
Collapsologie et courbe de deuil, par Matthieu Van Niel

Personne, il y a encore vingt ans, ne pensait voir autant de personnes débarquer dans les cabinets des psychologues avec ces nouvelles “maladies de l’âme”.

Personne n’avait imaginé lier le préfixe “éco”, synonyme pour beaucoup de nature et de verdure, à l’anxiété.

Et personne encore n’avait imaginé qu’on puisse connaître la solastalgie… la nostalgie du futur. Ni que l’état du monde, de la nature, la faune et la flore allait aussi entraîner des dépressions vertes, liées au constat de la dégradation de notre environnement.

Ces termes recouvrent les différentes manifestations d’une détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux et l’effondrement probable de nos sociétés (occidentales). C’est aussi la peur, l’angoisse d’un futur difficile, et la tristesse en voyant son environnement proche (nature, animaux, climat, nourriture…) se dégrader de manière définitive. Il y a aussi la nostalgie de ce monde qu’on aime et qui va disparaître, la dépression face à son impuissance.

Mais pas seulement…

L’écoanxiété, c’est quoi ?

Ecoanxiété, ou anxiété climatique : voilà comment on désigne cette nouvelle affection psychologique. Et elle risque non seulement de s’installer partout et durablement, mais aussi de dégénérer.

Le Dictionnaire Oxford définit l’écoanxiété comme étant une «  inquiétude extrême face aux dommages actuels et futurs causés à l’environnement par l’activité humaine et le changement climatique ».

On entend aussi le terme “anxiété climatique”, mais il est plus réducteur car il recouvre surtout la peur des désastres écologiques, et éloigne les peurs liées aux guerres, aux effondrements politiques et sociaux, à la disparition de la flore et de la faune.

La crise climatique est partout

Parce que la prise de conscience de la réalité de notre situation climatique et écologique devient massive.

Et parce que c’est une peur qui dépasse toutes les autres, et qui se terre dans notre imaginaire collectif depuis la nuit des temps, derrière les notions religieuses ou athées d’apocalypse et de fin du monde.

L’éco-anxiété devient une réalité parce qu’elle est liée aux annonces terrifiantes des scientifiques ces dernières années, et à la connaissance de plus en plus répandue (et l’acceptation) de la réalité de l’effondrement des sociétés modernes à venir.

Beaucoup d’habitants des sociétés occidentales avouent éprouver de plus en plus ces sentiments négatifs, à cause de leur prise de conscience récente et globale de l’état de la planète. Aux USA, ce problème devient massif, car l’éco-anxiété vient s’ajouter aux traumatismes des attentats terroristes de 2001, et de la crise financière de 2008.

Une première étude a été menée en 2018 par Harris Poll et montre que 92% des Américains se disent préoccupés par le futur de la planète. Mais surtout, 72% des “Millennials”, les personnes âgées de 18 à 34 ans, déclarent souffrir de symptômes caractéristiques de l’éco-anxiété. “Près des trois quarts des Millennials affirment que regarder, entendre ou lire des actualités négatives au sujet de l’environnement de temps en temps a un impact sur leur bien-être émotionnel (par exemple, l’anxiété, des pensées récurrentes, des problèmes de sommeil ou un sentiment de mal-être)“, peut-on lire dans l’étude.

sciencesetavenir.fr

Il n’existe pas de chiffres en France sur l’ampleur du phénomène, qui doit en plus prendre différents visages selon l’endroit où on se situe – dans le monde. Mais les dernières manifestations dans différents pays industrialisés, les pétitions en ligne, le nombre de vues des vidéos Youtube sur la crise climatique… montrent qu’on parle très certainement de dizaines de millions de personnes atteintes. Quand on ne compte pas celles et ceux qui n’ont pas la parole…

Comment en effet continuer à ne plus voir la réalité des drames qui se jouent sur la planète, alors que les études convergent toutes dans le même sens ? Comment continuer à être dans le déni, quand on voit le prix de l’essence à la pompe décoller, quand on subit des phénomènes de pollution durables dans sa ville, quand on voit disparaître les oiseaux dans nos jardins et les insectes sur nos pare-brises ?

Les catastrophes et dégradations qui touchent la planète, la faune et la flore, le climat, les populations animales et humaines sont dans tous les médias, papier et en ligne. Dans les documentaires qui sortent les uns après les autres, dans les émissions d’enquête diffusées aux heures de grande écoute, et dans les journaux des chaînes télévisées nationales et internationales. Difficile aujourd’hui de nier l’existence du problème, même si on essaye d’échapper à ces informations anxiogènes qui sont aussi pour beaucoup, difficiles à croire.

Angoisses et idées noires

Un état de tristesse accentué par la sensation d’impuissance (“Quoique je fasse, ça ne changera rien”) et de perte de sécurité (“Je vais mourir”). Des sentiments qui s’ajoutent pour certains à une fatigue existante. Un état de stress réactionnel aux pressions trop importantes qui peuvent déjà s’exercer dans leur vie au quotidien. Ou à la solitude… entre autres maux du monde moderne.

On a tous et toutes déjà vu des films de science-fiction, et les scénarios d’effondrement comme dans le film La Route. On sait également que les destructions sont déjà là. Ours polaires mourant de faim, poissons, chauve-souris et chevaux morts de chaud en Australie, ou les Grands Lacs du Nord de l’Amérique gelés à cause d’un vortex polaire, ces photos ont stupéfiés le monde ces deux derniers mois.

Dépression(s)

“La vie est dure, et ça va encore empirer” : pas de quoi donner envie de se lever le matin. Ni de se battre, encore moins. De manière générale, face aux difficultés de l’existence, l’être humain peut finir par baisser les bras. Mais la dépression verte est plus spécifique. Elle peut en effet provenir de différents déclencheurs.

Il y a d’abord le “manque de nature“. Pour certain.e.s, plus que pour d’autres, vivre en ville, sous les néons et entouré.e.s de béton, crée un état de manque et de fatigue. Elles se sentent plus heureuses et plus calmes dans la nature. On peut facilement lier notre histoire anthropologique à ce constat : nous venus de la nature, nous y avons habité, nous l’avons cotoyé depuis nos origines.

On parle de topophilie quand des personnes ressentent de l’amour pour l’endroit dans lequel elles ont grandi. Ou vivent actuellement. Cet endroit se caractérise souvent par un environnement naturel abondant. Et cet environnement naturel, ces paysages sont une source de tranquillité et de satisfaction.

L’écrivain Richard Louv, dans son livre Le dernier enfant de la forêt, a aussi créé le terme de « trouble du déficit de la nature ».

Il y a aussi (et c’est surtout de celle-ci dont on parle), la grande tristesse, l’abattement face aux dégâts qu’elle subit. Il suffit de regarder les rubriques “environnement” des médias pour tomber sur des pollutions gigantesques, des disparitions d’espèces, des maltraitances de toutes sortes de notre environnement naturel.

Enfin, il y aussi la réaction naturelle par rapport à une “fin du monde”. On se retrouve alors face à notre propre mort, et celles de nos proches. Et quand on pense à la destruction du monde, on se dit qu’on ne peut pas faire grand-chose (croit-on). Comme la dépression est souvent liée à l’incapacité d’agir, il est donc facile de tomber dans cet état de néant.

Surtout si l’on a déjà peu de choses et de conditions de vie qui nous poussent à agir, à nous mobiliser. On peut déjà souffrir de dépression à cause de conditions de vie et de travail existantes.

On peut aussi se sentir dépassé(e)s par l’ampleur du problème.

La dépression fait aussi partie d’un processus normal de deuil, et dans le cas de la “fin du monde” (tel qu’on le connaît), c’est un sacré deuil à vivre.

La solastalgie, ou la “nostalgie du futur”

La solastalgie est un néologisme inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht. Il se compose du terme anglais « solace » qui signifie « réconfort ». Le mot « algie » se traduit par « douleur » en français.

Glenn Albrecht en donne une définition dans un essai publié en 2004 :  «C’est la douleur ressentie quand on reconnaît que le lieu où l’on réside et que l’on aime est sous assaut immédiat (désolation physique). Elle se manifeste par une attaque contre le sens du lieu, par l’érosion du sentiment d’appartenance (identité) à un lieu particulier et par un sentiment de détresse (désolation psychologique) face à sa transformation. La solastalgie est une forme de “mal du pays” que l’on a quand on est encore à la “maison”».

La solastalgie renvoie donc à la douleur de perdre son habitat, son refuge, son lieu de réconfort.

Et on en parle depuis seulement dix ans, mais dix ans déjà.

Car le phénomène n’est pas neuf. Il émerge à la surface des sociétés et des médias, parce que ceux et celles qui en souffrent ne peuvent plus se taire, et deviennent vraiment nombreux(ses).

C’est un autre état spécifique, plus étonnant et plus novateur, lié spécifiquement à la conscience de l’effondrement possible de notre société telle qu’on la connaît. Même si on la définit comme “une souffrance et détresse psychique ou existentielle causée par exemple par les changements environnementaux“, elle comprend aussi la souffrance psychique liée à la future perte de ce que l’on possède aujourd’hui. Que ce soit la nature qui nous entoure. Ou le confort matériel, les possibilités de se divertir, de voyager, de communiquer, de se soigner. Et les êtres, les villes, les pays aimés, qu’on craint de perdre. Bref, on anticipe la nostalgie de ce qu’on va (peut-être) perdre.

Mais il est vrai que le terme regroupe aujourd’hui l’ensemble des souffrances morales et des détresses psychiques (anxiété, crises d’angoisse, peur, dépression paralysie, perte de sens…) liées au changement climatique – et aux changements du monde en général. Pourtant, certains personnes peuvent éprouver de l’anxiété face à l’effondrement économique, avoir peur de tout perdre et de mourir, sans éprouver de tristesse face à la destruction de la nature.

D’autres termes ont également fait leur apparition : effondralgie, collapsalgie notamment, qui sont les douleurs et détresses mentales liées à la peur de l’effondrement.

Et on recense aussi différents symptômes. Qui ne sont pas tous forcément présents chez chaque individu.

Les symptômes des “maux de la Terre”

Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint

Montaigne

Il sont nombreux, parfois invalidants.

Il y a d’abord le sentiment d’impuissance : on se sent complètement dépassé.e par l’ampleur du phénomène. On ne sait pas quoi faire. Ce qui est tout à fait logique si l’on intègre qu’il n’est plus possible d’inverser l’état de la planète. 

Il y a la perte de contrôle, sur son environnement, sur sa vie, sur son futur et celui de ses proches. Et la perte de sens : à quoi bon continuer à travailler, à étudier, à prendre soin de soi, de sa santé, à épargner pour réaliser des projets, si le futur n’existe pas, si le monde est foutu ? C’est ainsi qu’est née la révolte de Greta Thunberg, militante écologiste, qui a refusé de continuer à aller à l’école parce qu’elle n’en voyait plus l’intérêt. 

Certains ressentent une sorte de “bug” cérébral quand ils.elles essayent d’appréhender la réalité, l’immensité et la complexité des sujets. Certains chiffres donnent le tournis, ou sont, comme le temps, difficiles à appréhender pour le cerveau humain. L’humain a du mal à se projeter dans un futur lointain, ce qui peut rendre difficile de ne pas faire des courts-circuits de compréhension. 

Il y a la peur de l’avenir, que ce soit pour soi ou pour ses descendants. On craint d’assister à des catastrophes, de souffrir de son vivant, mais aussi de ne pouvoir rien transmettre, rien construire.

J’ai également constaté des sentiments de culpabilité chez certaines personnes, notamment plus âgées. Celles-ci se demandant pourquoi elles n’ont pas compris avant, comment elles ont pu laisser le monde devenir ainsi. Elles se sentent souvent coupables d’avoir détruit l’avenir de leurs petits-enfants, d’avoir abîmé une nature qu’elles apprécient. Les plus jeunes, eux, réfléchissent beaucoup à leurs projets d’enfants, de famille. Ils peuvent également se sentir coupables de ne pas faire assez, de ne pas aller encore plus loin dans la décroissance, la sobriété, le zéro déchet…

Les troubles les plus répandus sont ceux liés à la peur : anxiété, attaques de paniques, stress chronique (peur paralysante ou suractivité pour “se préparer”), insomnies, boulimie ou anorexie… La peur de la mort est très présente chez certains. Et provoquent des dégâts d’autant plus grands que nous sommes dans une civilisation (je parle de la société occidentale) qui refuse de plus en plus la maladie et la mort. 

Les conséquences négatives de ces états d’âme

La paralysie

Certains se disent qu’il vaut mieux attendre tranquillement que ça se tasse, que les gouvernements / la science trouvent des solutions.

D’autres sont déjà des apprentis hikikimori, du nom créé pour désigner ces Japonais qui vivent coupés du monde et des autres, cloîtrés le plus souvent dans leurs chambres pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins les plus essentiels.

Ils préfèrent se terrer, faire le mort, ce qui est une des trois stratégies primitives de tous les animaux pour faire face au danger (ne plus bouger, fuir ou se battre).

Le cynisme et le renoncement

Tout le monde réagit différemment face au stress et aux mauvaises nouvelles. Certains parlent d’ailleurs d’une “lassitude de l’apocalypse“, d’un abandon de l’espoir face au changement climatique notamment. Car on est si petit face à la nature…

Mais c’est ce qui aboutit, comme l’explique le psychologue norvégien Per Espen Stoknes dans cette conférence TED, à un accroissement du sentiment d’impuissance, et donc à l’abandon de la lutte contre ce qui cause, justement, ce réchauffement.

On est pour certains dans le déni, pour d’autres dans le renoncement à lutter. D’autres encore se mettent ou se remettent à croire en une religion, d’autres en la science, “qui nous sauvera de la fin du monde”.

On brûle la chandelle par les deux bouts

Une partie des habitants des pays civilisés est “accro” à la surconsommation et aux médias de masse. Un style de vie et des comportements qui pour certains ont un usage à la fois de “masque” par rapport à des faits stressants (“Je regarde Netflix plutôt que de regarder des choses qui vont me stresser”) et de compensation (“Je consomme pour éprouver du plaisir”, “Je consomme tant que je peux encore le faire”, “Je consomme pour oublier”).

Le pire, c’est qu’évidemment, quand on est “éco-conscient”, on sait qu’en étant dans le déni et la surconsommation, on ne fait qu’aggraver le problème (de la planète) et notre problème (en ne faisant rien pour nous préparer aux changements à venir). C’est un cercle vicieux de dépression et d’anxiété qui se met en place, si nous continuons à avoir ces comportements. Bon, on ne parle pas de profiter de bons films pendant un weekend pluvieux. Mais plutôt de se mettre en action.

Fantasmes de surpuissance

Du transhumanisme au départ sur Mars, de l’envie de vivre en vrai des jeux vidéo… Certaines personnes subliment ces détresses psychologiques en imaginant des situations et des solutions fantastiques, parfois délirantes, du moins pas encore vraiment au point.

C’est un moyen de réussir à supporter le chagrin ou la peur. Certaines idées valent la peine de s’y intéresser, quand elles peuvent réellement apporter une évolution dans sa recherche de résilience. On peut par exemple, si on souffre d’un grave myopie, décider de se faire opérer pour ne plus avoir à porter de lunettes – ce qui peut être utile quand on imagine une vie loin des hôpitaux, ou “sur la route”. Une forme de “mise à jour” de son corps en utilisant la technologie.

Combattre l’éco-anxiété, la solastalgie et la dépression verte : les solutions

Vous l’avez compris, je regroupe les maux décrits par l’écopsychologie sous trois catégories. Mais même si certaines personnes souffrent plus d’angoisses que de dépression, ou si d’autres n’éprouvent que de la tristesse, du regret, les solutions pour combattre ces maux se rejoignent. J’en parlerai dans plusieurs articles, mais voici déjà une base de réflexion pour ceux et celles qui souffrent, et veulent agir.

Il n’est pas facile de faire face à une réalité aussi difficile, et aussi probable. Comme pour toutes les épreuves, beaucoup ont besoin de faire un travail de deuil, d’acceptation, mais aussi de reprise en main de leur vie, de leur destin. C’est un vrai travail de transition entre l’ignorance et la prise de conscience. Et il est autant individuel que collectif.

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Sophilosophy Barbarella

Créatrice de contenus en ligne, je suis également conseil et coach en psychologie positive sur deux thématiques : les personnes surdouées et multipotentielles, et l'éco-anxiété et la solastalgie. Diplômée en journalisme et en psychosociologie, je suis passionnée par le développement durable, le développement professionnel et personnel, et le monde de demain. Retrouvez-moi sur : maviemagique.com, thejobrevolution.com, demainlenouveaumonde.com, lamajestedeselephants.com, et sur les réseaux sociaux.

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